Un énorme merci aux tipeurs, toujours présents, malgré tout. Je ne vous nomme pas, parce que la liste commence à être énorme, et que je souhaite m’étendre un peu vu le temps qu’il vient de s’écouler.

Avant toute chose : Cela fait plus d’un an que j’ai mis en pause la publication d’ALM, et je vous remercie pour votre patience. Tout s’est bien passé pour le reste de ma grossesse, et la naissance a été incroyablement heureuse et simple. Le morpion grandit très vite et bien, et nous prend beaucoup de temps et d’énergie… Je le garde d’ailleurs, tout en travaillant, ce qui fait que j’ai eu assez peu de temps pour pouvoir écrire, temps que je consacrais plutôt à garder mon entreprise à flots, tant bien que mal.

Mais j’ai pu avancer sur l’écriture et j’avais l’intention de ne reprendre la publication qu’une fois l’histoire terminée, de façon à ne pas vous faire attendre cent ans à chaque fois…

Mais bon. La situation me fait dire qu’on a tous besoin d’un peu d’évasion, et je pensais que, peut-être, ça vous ferait plaisir d’avoir des nouvelles d’ALM… ainsi qu’un nouveau chapitre.

Je vais être cependant transparente : au moment où je publie ce chapitre, je n’ai que deux autres chapitres de terminés, dont le dernier juste hier soir. Certes, du fait du COVID, j’ai beaucoup moins de travail, malheureusement, mais j’ai toujours un enfant en bas âge. Donc, n’ayez pas de grandes attentes concernant mon rythme de parution.

Néanmoins, je redouble d’efforts en cette période, et souhaite arriver à pouvoir vous aider à passer quelques bons moments en la compagnie de « vieux amis ».

En attendant la suite, et en espérant que ce chapitre vous plaise, prenez soin de vous et de vos proches. Restez chez vous autant que vous le pouvez, respectez les consignes autant que vous le pouvez, et bon courage pour les moments d’adversité (gros bigup aux parents enfermés avec leurs enfants, d’ailleurs !).

Doux bonbons au citron.

 

Précédemment dans A la Moldue : Poudlard est tombée, Harry, Luna, Severus et Jane sont en fuite dans le monde Moldu, où ils ont opéré une transformation physique afin de ne plus être facilement identifiables. Ils ont en leur possession l’épée de Gryffondor, ainsi que le diadème de Serdaigle. De leur côté Lucius et Sirius s’affrontent politiquement pour le poste de Premier Ministre et deux visions du Monde Sorcier se dessinent, l’une inclusive vis-à-vis des né-Moldus et protectrice, et l’autre, exclusive, les mettant au contraire au banc de la société.

Côté Mangemorts, Abernathy a pris du galon et conduit aujourd’hui une troupe de Mangemorts qu’il n’hésite pas à jeter sur les Moldus, les Sorciers et à faire s’affronter avec la Brigade. Tonks, qui en devient une des meilleures baguettes s’y perd, au détriment de son couple, manifestement.

Ron reçoit une magnifique prothèse commandée par Maugrey aux Gobelins, le garçon marchant ostensiblement dans les pas du chasseur de Mage Noirs.

À Poudlard, Slughorn est le nouveau Directeur et Lucius Malefoy avance ses pions pour remplacer de nouveaux professeurs. Neville y est retourné pour tenter de faire parler Kreattur sur l’endroit où se trouve le médaillon de Serpentard de Voldemort.


 

Chapitre 55 : L’ombre de Janus

 

Le portail grinça sinistrement. La complainte du métal rouillé se répercuta sur toute la rue endormie et plongée dans le noir. Pas un bruit, pas un animal, aucun ronronnement de voiture ou clameur provenant des fenêtres des voisins ne rompait le silence assourdissant du Square Grimmaurd. Derrière lui, les ombres des arbres du parc s’étendaient jusqu’à la plaque émaillée portant le chiffre 12. Le vent souffla soudain pour s’engouffrer dans ses cheveux et Harry frissonna en se sentant comme happé par la porte d’entrée béante. Aucune lumière de réverbère n’éclairait la scène, nulle bougie ou âtre ronflant provenant de sa maison n’illuminaient l’entrée. La porte béait sur un couloir baigné des ténèbres que le jeune homme n’avait aucune envie de rejoindre. Quelque chose de sombre glissait des ombres, comme une vapeur noire ou bien un nuage nocif s’échappant de la maison et gouttant sur le perron. Harry s’approcha, sentant son instinct lui dicter de faire demi-tour et il dérapa légèrement. Ce n’était pas un nuage, c’était un liquide visqueux et glissant. Un liquide qu’il sentit nettement tandis qu’il pataugeait dedans et que ses impeccables nouvelles chaussures s’imprégnaient pour déposer en tampon la marque de sa semelle. Un tampon écarlate, sans appel, définitif, qui clamait « recalé ». Il marchait dans du sang.

Il tira immédiatement sa baguette, le coeur cognant lourdement dans sa poitrine, le souffle lui manquant à mesure que l’odeur ferrugineuse lui emplissait les narines. Il y avait beaucoup de sang, trop pour n’être que de simples blessures. Trop, peut-être, pour n’appartenir qu’à une seule personne. Harry voulait faire une nouvelle fois machine arrière, mais il avança la main et poussa lentement la porte d’entrée. Le couloir était toujours aussi sombre, mais quand il sentit que la porte s’arrêta sur son chemin, il ferma brutalement les yeux. Une boule se forma dans sa gorge alors qu’il tentait de pousser de nouveau plus doucement et qu’il sentit nettement la résistance de quelque chose de lourd. Quelque chose d’assez volumineux pour coincer une porte. Quelque chose d’un peu mou dans lequel la porte pouvait légèrement s’enfoncer. La panique s’empara de lui et de grosses larmes brouillèrent sa vue déjà empêtrée dans la noirceur des lieux. Harry continua son chemin dans ce couloir menaçant et referma légèrement derrière lui sans oser pour autant se retourner. Il avait beau ne guère y voir sans lumière et au travers des larmes, il ne voulait pas distinguer davantage de cette masse sombre étendue au sol. Il ne voulait pas.

Il glissa, titubant et tombant à genoux. Par réflexe, il avança la main et il sentit alors le liquide poisseux glisser sur ses doigts, couler le long de son poignet. Il eut un violent haut-le-cœur et de la bile remonta jusqu’à lui brûler la langue. Harry crachota en pleurant, un gémissement devant lui le foudroya. On l’appelait. C’était faible, mais on l’appelait. On lui demandait s’il était vraiment rentré. Si c’était bien lui. Il se précipita en direction de la voix et déboula dans la cuisine avant de retomber à genoux. On l’appelait bien. C’était un drôle de corps qui trônait sur la table, viscères étalés autour de la personne. Un corps mutilé et secoué par une légère respiration. Une terrible respiration, sifflante, douloureuse, arrivant péniblement à sa fin. Une respiration qui s’échappait difficilement d’une bouche tordue par l’agonie. La bouche s’étira lentement en un sourire apaisé :

« Ah… tu es rentré… personne ne t’a trahi, non… personne. »

Harry détourna la tête et vomit copieusement.

Il s’étouffa, ouvrant les yeux soudain alors qu’il se rendait compte qu’il renvoyait bel et bien le repas de la veille. Il gémit et eut tout juste le réflexe de se tourner et de vomir par-dessus des accoudoirs du canapé.

« Professeur ! hurla Luna. Il a besoin de vous ! »

Severus ne mit guère de temps pour se réveiller et pour débouler dans le salon en pantalon de pyjama, baguette tirée, suivi par une Jane ébouriffée et pâle comme la mort.

« Ça va aller Harry, vomissez, on verra le reste plus tard, le rassura-t-elle.

— Potter, vous êtes en sécurité, tout va bien. Doucement, ça va aller. Jane, vous avez de quoi faire un chocolat chaud ?

— Vous pensez que c’est… ? Oui, tout de suite ! »

Elle tourna les talons avec précipitation en direction de la cuisine et Severus s’approcha lentement de Harry jusqu’à poser sa main sur son épaule dans un geste rassurant. Luna se joignit à lui et posa sa main sur son dos, le frottant doucement.

« C’est la réalité maintenant Harry, murmura lentement Severus. Tout va bien.

— Je… Ils… Tous morts !

— Qui ?!

— Sirius, Hermione… un rêve ?

— Jane, envoyez un message au plus vite ! »

La Moldue jeta pratiquement les carrés de chocolats qu’elle comptait faire fondre dans la casserole et attrapa son portable pour pianoter dessus. Quand elle retourna au chocolat, elle se mordit la lèvre :

« Je ne sais pas s’ils vont l’avoir… je leur ai dit d’économiser la batterie et de ne pas laisser le portable allumé tout le temps alors…

— VOUS AVEZ QUOI ?! Par Morgane, Luna, activez ce fichu Gallion, Smith, renvoyez un second message pour annuler votre idée stupide. Harry, vous êtes de retour ?

— Oui, pardon… c’est inutile de paniquer, ce n’était qu’un rêve…

— Je préfère vérifier. Smith, il vient ce chocolat ? Lovegood, le Gallion ?

— Message transmis !

— Je suis désolée Severus. Le chocolat est bientôt près. Luna, remplacez-moi, je vais chercher de quoi nettoyer…

— Je me fous de votre parquet ! cracha Snape. Restez près de votre machine et dites-moi quand on aura la confirmation que tout va bien. »

Jane resta interdite et une fraction de seconde, la fatigue, la panique et l’enchaînement lui tirèrent les larmes. Elle inspira et les ravala rapidement, hochant la tête. Elle avait merdé, il n’y avait rien de plus à dire. Son portable sonna et elle eut l’impression de pouvoir respirer à nouveau :

« Tout va bien, ils sont en parfaite santé. Ils garderont le téléphone allumé. J’apporte le chocolat.

— Redressez-vous Potter, c’est terminé. Allez vous laver et respirez. Lovegood, accompagnez-le. »

Severus se leva à son tour et alla chercher du sopalin dans la cuisine pour commencer à éponger le vomi. Quand il vit Jane se saisir de l’éponge pour l’aider, il soupira et s’arrêta un instant et tendit la main dans sa direction. Jane hocha la tête et lui sourit faiblement. Inutile de s’appesantir, elle avait compris sa réaction, et ils seraient tous de plus en plus à cran. Les jeunes gens revinrent, Harry avait les yeux rougis de fatigue et il reprit sa place, alors que Jane lui tendait une tasse de chocolat chaud. Elle en proposa également aux autres membres de l’assemblée et bientôt, tout le monde sirotait doucement le breuvage en observant l’heure digitale tourner sur la box télévision.

« Je… c’était très réel, murmura Harry après un moment de silence. On aurait dit…

— Les visions du Département des Mystères, comprit Severus.

— Oui. Vous croyez que c’est Lui ?

— De quoi parlait votre rêve ?

— De mort. Tout le monde a été… avait été massacré au QG. Beaucoup de sang. Et Hermione… oh, Merlin, Hermione était éventrée sur la table de la cuisine et m’a dit que personne ne m’avait trahi…

— Typique. C’est bien de Lui.

— Comment faites-vous la différence entre un rêve né d’une peur et une vision, Professeur ?

— L’expérience, Lovegood. Il a toujours aimé torturer ses victimes ainsi. Il le fait le plus souvent quand elles sont ses captives, mais Il peut arriver à les manipuler à distance…

— MAIS BON SANG ! Je m’entraîne tous les jours, je ferme mon esprit chaque soir et je…

— Vous avez peur, c’est un excellent terreau pour les attaques mentales, Potter. Du reste, vous savez que vous et Lui avez une affinité particulière.

— C’est comme pour Anakin, murmura Luna. La peur favorise les pires visions… »

Harry baissa la tête, semblant honteux et vaincu par avance. Il se sentait vulnérable, profondément mal à l’aise par le fait qu’Il puisse continuer à le corrompre comme cela.

« Nous allons continuer notre travail, Potter. Vous allez terminer votre chocolat, et nous nous exercerons.

— Est-ce vraiment utile ? Peut-on vraiment le garder à distance ? Pourquoi y suis-je si sensible, putain ?!

— Mieux vaut se battre que de rendre les armes, pour commencer. Et pour le reste, vous le savez, Harry : vous et lui avez une intimité que nul autre ne partage. Il en a parfaitement conscience et il s’en servira jusqu’à ce que vous deveniez fou. Terminez votre chocolat, nous allons méditer. Jane, vous pouvez faire de la tisane pour après, s’il vous plaît ? »

L’excessive douceur et politesse de Severus déplut fortement à la jeune femme qui perçut-là un signal alarmant. Severus devait être profondément inquiet. Et elle avait raison.

***

La gare de King’s Cross était bondée. Même pour un lundi. La raison de ce surprenant attroupement était simple : la reprise des cours à Poudlard se faisait en présence du Ministre de la Justice et du Secrétaire chargé à l’Éducation, ainsi que de Lord Black ! Se pressaient donc dans la gare Moldue les jeunes Sorciers qui retournaient à l’école, les familles les plus courageuses les accompagnant, les officiels, et une horde de journalistes venue pour l’événement. Qu’autant de personnes disparaissent derrière un mur ne sembla d’ailleurs perturber aucun Moldu, les baguettes des membres de la Brigade – habilement dissimulés dans la foule – y étaient sans doute pour quelque chose.

Et si c’était la course côté Moldu, sur la voie 9 ¾, c’était une cohue monstre ! On poussait les enfants pour que les journalistes puissent se mettre dans leur petit précarré, face à l’estrade installée pour l’occasion. Mangeant une bonne partie du quai, juste au nez de la locomotive, elle devait surplomber l’entrée principale du train, mais l’attroupement général provoqué par les curieux et gratte-papiers bloquait la plupart des escaliers menant aux wagons. Contrariés et inquiets, les enfants oscillaient entre peur de retourner à Poudlard, peur de la possibilité d’une attaque, et agacement à l’idée que le train parte sans eux.

Neville était heureusement arrivé avec un peu d’avance et affectait de lire l’Ent’Causeur tandis que camarades et anonymes passaient devant lui. Certains s’arrêtèrent pour lui présenter leurs condoléances pour la mort de sa grand-mère. Une dame avec un sacré caractère revenait souvent. D’autres lui demandaient s’il savait où était Harry, et d’autres encore comment était la vie avec le charismatique Lord Black. Il répondait avec le sérieux et la sobriété de son rang, mais intérieurement, il bouillait. Que n’aurait-il donné pour se mettre à hurler que les vraies questions n’étaient pas celles-ci, que l’important n’était pas de savoir si oui ou non Sirius avait quelqu’un dans sa vie… La foule autour de lui s’ébroua et le volume sonore augmenta davantage si cela avait été possible. Loin devant, il distingua l’allure élégante de Lucius Malefoy, fourré dans un grand manteau bleu nuit, suivi de près par une femme à l’allure revêche et Sirius qui montait également sur l’estrade. La foule poussa alors des « Ooh ! » et des « Aah ! » de joie, rapidement assortis d’un « Mais poussez-vous Monsieur » et autres « C’est impossible un tel chapeau, on ne voit rien ! ». Comme à son habitude, Lucius Malefoy étendit ses mains d’un geste apaisant et prit la parole d’une voix empruntée d’émotion :

« Sorcières et Sorciers, jeunes étudiants de Poudlard, une nouvelle année commence et avec elle de grands enjeux pèsent sur notre société. Des enjeux de liberté, comme la guerre ne cesse de nous le rappeler, mais également des enjeux d’avenir. Et c’est de cet avenir qu’il sera question aujourd’hui, puis tout au long de cette nouvelle impulsion donnée à Poudlard. Un avenir, le vôtre, que le Ministère de la Magie souhaite vous aider un construire. Un avenir, disais-je, que je souhaite permettre dans les meilleures conditions et c’est pourquoi votre école, votre foyer, jeunes gens, se voit dotée d’un détachement spécial d’une unité d’élite de la Brigade, pour assurer sa sécurité. Un avenir, toujours, qui ne peut se faire sans la rigueur et la constance d’enseignants qualifiés et certifiés, qui ont à cœur votre réussite, la réussite de ceux qui feront demain […] »

« Tu penses faire partie de ceux qui vont réussir, Londubat ?

— J’ai déjà un titre de Lord, cela me semble en bonne voie, Malefoy. »

Neville n’eut pas besoin de tourner les yeux vers le blond qui s’était discrètement approché de lui pour savoir que cette voix traînante et l’insolence venaient forcément d’un de ses ennemis. Tournés l’un et l’autre en direction de l’estrade, autant perdus dans la foule et le discours que tous les autres, personne ne leur accordait d’importance tant l’attention était portée à la délégation Ministérielle.

« Toutes mes excuses, tu as raison, Lord Londubat. Les choses s’engagent de façon très intéressante pour toi, mais seras-tu prêt à saisir les opportunités qui vont s’offrir à toi cette année ?

— Nous verrons. Il me semble que toi, tu as décidé de ne plus t’encombrer de poids inutiles… »

« […] En ces temps de trouble, faire confiance à ceux de votre maison et aux personnes veillant sur votre protection sera plus que jamais important ! Je formule le vœu d’unité, d’une école apaisée et tournée non pas vers ses querelles intestines, mais vers l’intérêt national. Et une jeunesse unie contre un ennemi commun est une jeunesse apte et concentrée vers un même destin […] »

« Tu fais le service après-vente, Malefoy ? relança Neville sans quitter des yeux son père.

— Je ne sers et me fais servir par personne, Lord Londubat, répliqua froidement Draco en esquissant un mouvement dans sa direction.

— Ça doit être une expérience de vie très novatrice pour un Malefoy. »

Malgré le brouhaha des applaudissements liés à la fin du discours et les cris de joie devant la future prise de parole de Sirius, Neville sentit nettement le blond se raidir à ses côtés et sa respiration s’accélérer légèrement.

« Presque aussi stimulante, je suppose, que de retourner seul à Poudlard sans protection rapprochée.

— Je t’ai connu moins vulgaire, Draco.

— Tu as raison, jouons franc-jeu. Tu as obligation de rendre des comptes chaque soir avec des noms de code, ou bien une fois par semaine seulement ?

— Tu cherches à comparer nos méthodes de renseignements ? Tu sais que nous ne sommes pas tatouages…

— Là, c’est vous qui êtes vulgaire, Lord Londubat. »

« […] L’acceptation de l’autre, le front commun, voilà les clés d’une victoire contre notre ennemi ! Il cherche à nous diviser ! De bons Sorciers contre de mauvais Sorciers. Mais tout ce que je connais, ce sont des hommes et des femmes qui se battent pour leurs enfants. Des jeunes filles et de jeunes garçons qui étudient ensemble pour construire un monde ensemble ! »

« Qu’est-ce que tu es venu chercher, Malefoy ?

— J’étais curieux. Toi, isolé, sans une horde de cheveux roux ou une paire de lunettes de mauvais goût pour t’ignorer… Tu as du cran de revenir à Poudlard, même pour un Gryffondor, je le concède.

— Tu aurais fait autrement à ma place ? »

Neville tourna légèrement son profil vers lui, et coula un bref regard dans sa direction. Il haussa les sourcils de surprise, découvrant un Draco entièrement habillé de noir dans un costume sobre et austère, bien loin de ce qu’il aurait imaginé pour le fils de l’homme le plus puissant du Ministère. Draco esquissa un sourire, mais ne lui concéda pas d’œillade pour autant.

« Je suis un Serpentard, je ne suis pas à ta place.

— Certes. Et je n’aimerais pas être à la tienne. »

« […] Ne laissez pas la peur obscurcir votre opinion et votre horizon de vie ! C’est par le courage, la curiosité et la ténacité que vous partirez à la conquête de votre succès ! »

« Tu devrais plutôt t’inquiéter pour toi, Lord Londubat. Mon avenir n’est pas menacé.

— Sans doute, mais ton présent va se complexifier à mesure que ton père préférera son électorat au reste. »

Il avait dû toucher un point sensible, car Draco se laissa avaler par la foule sans répondre. Neville balaya les alentours pour tenter de l’apercevoir, mais il ne vit que des mines souriantes qui applaudissaient à leur tour Sirius. Un jeune garçon tapait fort dans ses mains tout en s’enthousiasmant avec son voisin du nouveau cours de Culture Partagée. Une jeune fille se demandait si les nouveaux enseignants avaient été recrutés directement par le Ministère ou bien étaient des volontaires courageux. À sa droite, quelqu’un commenta la « super classe de l’uniforme de la Brigade », mais toujours aucune trace de Malefoy. Il décida de s’avancer vers l’une des entrées du train quand il lui sembla entendre le ricanement caractéristique de Parkinson. Le Gryffondor fixa immédiatement dans la direction les Serpentards qui faisaient monter Malefoy en toute hâte, mais une manche de manteau richement brodée lui obstrua la vue. Neville rendit par réflexe l’accolade à Sirius qui ne se rendit pas compte d’avoir interrompu quelque chose :

« Ne reste pas seul pour autant, l’avertit l’aîné. Tu n’es pas non plus en sécurité là-bas, et quoi qu’ait dit Malefoy, la Brigade n’est pas à votre service.

— Je me doute…

— Tu n’as pas écouté ? comprit Sirius.

— Non, j’ai eu un échange avec Junior. Mais je ferai attention, Sirius. Tu sais que je ne suis pas une tête brûlée pour autant. »

Le nom de Harry flotta entre eux très nettement, et Sirius eut un bref sourire avant d’hocher la tête.

« Non, c’est vrai. Mais fais très attention à toi. Nous touchons à des choses qui nous dépassent…

— J’ai bien compris, Sirius. J’ai parfaitement compris notre conversation. »

Il se dégagea légèrement et l’Animagus soupira de résignation. C’est vrai, il n’avait pas en face quelqu’un comme lui ou James qui irait tête baissée aux cuisines pour choper Kreattur. Les enfants avaient accueilli l’information avec un sérieux qui l’avait même profondément déstabilisé.

« Bon voyage, donne-nous de tes nouvelles par Hibou quand tu le peux. On lira entre les lignes.

— Merci, Sirius. »

Le sifflement du train annonça enfin le grand départ – avec effectivement tout le retard craint par les élèves les plus studieux. Les vapeurs de la locomotive entourèrent comme un linceul les premiers wagons et firent crachoter les parents et curieux restés à quais. Sirius fixa un long moment les volutes, repensant à la révélation qu’il avait dû faire.

***

Quand il eut terminé son explication, la nuit était tombée sur la cuisine. Seule la cheminée éclairait leurs visages devenus graves. Conformément à sa demande, les enfants ne l’avaient pas interrompu, et il avait à présent la gorge sèche d’avoir tant parlé, et le cœur légèrement épuisé face au risque qu’il prenait. Sirius se leva pour aller chercher lui-même à boire dans le buffet, sous les yeux encore absents des trois jeunes gens. Ron fut le premier à s’ébrouer, fermant sa nouvelle main dans un geste d’assurance :

« Je comprends pourquoi Snape ne voulait pas qu’on soit au courant, commença-t-il doucement. Ça explique beaucoup de cachoteries et d’absences d’Harry, aussi.

— À commencer par l’endroit où il devait se trouver quand Poudlard a été attaqué, continua Neville.

— Ou encore tout le décorum autour du leg de Dumbledore, reprit Ron à nouveau. Non, il n’y a pas à dire, le vieux s’est bien démerdé sur le coup… Même si, si je comprends bien, notre ennemi avait déjà fait une de ces saloperies sous son nez, c’est ça ?

— Le journal ? répondit faiblement Sirius en ouvrant une bouteille de Whisky. Oui. Albus était méfiant envers Jedusor, mais il n’était pas Directeur, et l’étudiant avait apparemment trop la sympathie du corps enseignant pour être inquiété.

— Un peu comme les Mauraudeurs et Snape. »

Sirius baissa légèrement la tête devant Neville, avant de leur apporter à eux également un plateau et des verres. Le nouveau et jeune Lord refusa de boire de l’alcool, préférant rester à l’eau, tandis que Ron se décida à accompagner Sirius. Hermione, elle, gardait résolument le silence.

« Oui… sans doute présenter correctement a toujours été très utile, concéda Sirius. Hermione, tu vas bien, au moins ? »

Ils se tournèrent vers elle, inquiets, mais elle les ignora, se levant à son tour, faisant les cent pas dans la pièce en se tapotant la lèvre inférieure de l’index. Ron soupira et traduisit :

« Elle analyse, peut-être même comprend-elle au-delà de nous-mêmes.

— Je t’entends, répliqua-t-elle en ralentissant le mouvement. Je réfléchissais. Voldemort voulait séparer son âme en 7 parties, ou bien faire 7 Horcruxes ?

— Je… je ne sais pas, avoua Sirius. Ça change vraiment quelque chose ?

— Ah oui ! On doit détruire soit 6 objets, soit 7…

— D’après Snape, ils avançaient à tâtons. Le journal, le médaillon, le serpent, le diadème, la bague, apparemment il y aurait une coupe appartenant à Poufsouffle et perdue… ça en fait 6. Ça veut dire qu’il y en a peut-être un qui nous est inconnu. Mais Snape nous dirait que c’est leur mission. Peut-être ont-ils des pistes pour la coupe ? »

La jeune femme ne répondit pas et recommença à marcher en réfléchissant. De temps à autre, elle jetait un regard à Neville et Sirius, hochant la tête :

« Il va de toute façon falloir trouver ce qu’il est advenu du vrai médaillon. Tu penses pouvoir arriver à convaincre Kreattur ?

— J’en fais une priorité, promit Neville.

— Mais ça ne répond toujours pas à la question. Est-ce qu’il y en a d’autres ? Comment aider Harry ? Est-ce que Dumbledore avait terminé ses recherches… ? Bon sang ! Si seulement Harry nous en avait parlé, j’aurais peut-être pu…

— Snape et Dumbledore voulaient absolument garder le secret, et Snape ne m’a informé que parce que la question du médaillon s’est posée à nous. Je pense qu’il aurait, au contraire, préféré passer tout cela sous silence.

— Je comprends, mais Harry… Harry aurait pu… »

Mais elle s’arrêta brusquement, ouvrant la bouche et devenant blême.  Neville fronça les sourcils et amorça un geste dans sa direction :

« Hermione, est-ce que… ?

— Oui, coupa-t-elle d’une voix froide et absente. Ça va, moi, ça va très bien… »

Elle reprit place auprès d’eux avec précaution, agitant sa baguette en direction du plateau pour se servir un verre de vin cuit qu’elle vida à moitié d’une seule lampée. Les garçons l’observèrent légèrement décontenancés. Hermione inspira profondément et les rassura à nouveau :

« Ça va, c’est le choc de… du poids sur les épaules de Harry qui m’a un peu secouée.

— Il n’est pas seul. Je déteste l’admettre, mais Snape est un excellent Sorcier qui saura le garder en vie. Je pense que Dumbledore savait ce qu’il faisait en lui confiant Harry.

— Oui, et puis il est son Maître Occlumens, maintenant, renchérit Ron. Concentrons-nous sur le poids qu’il y a sur NOS épaules. Comment on va convaincre cet elfe de coopérer ?

— Comment JE vais convaincre, tu veux dire… ? »

Hermione n’écoutait plus, elle fixait les flammes avec gravité alors qu’elle repensait à son ami et au destin que la prophétie lui avait imposé.

***

Le dortoir était bien différent sans Harry et Ron. Personne dans la tour n’avait manqué leur absence, et en lieu et place des retrouvailles enjouées habituelles, ils s’étaient tous souhaité la bonne nuit d’un air entendu, avant de filer au lit. De façon générale, l’atmosphère de Poudlard avait changé. Le nouveau Directeur, Horace Slughorn, avait tenu à leur offrir un banquet de rentrée digne de ceux de septembre – sans doute pour apaiser les esprits et rendre à cette soirée un aspect festif -, mais les élèves qui étaient de retour à l’école n’avaient pas particulièrement le coeur à l’ouvrage. Malgré les sucreries, les discours enflammés et les nombreuses bougies qui flottaient joyeusement autour d’eux, certains étudiants gardaient encore une mine renfrognée chaque fois qu’ils posaient leurs yeux sur la table des Professeurs. Il manquait tant de gens ! À commencer par des figures qu’ils croyaient tous immortelles comme le Professeur McGonagall. Les esprits les plus accommodants au changement, eux, s’enthousiasmaient des nouvelles têtes, cancanant déjà sur le fait que le nouveau Professeur de Potion avait l’air tout aussi renfermé et mortifère que le précédent, et que la nouvelle Prof de Défense contre les Forces Ennemies – anciennement appelée « Défense Contre les Forces du Mal » – semblait tirée d’un vieux conte d’Europe de l’Est. D’autres postes avaient été remplacés comme le Soin aux Créatures Magiques – nouvellement « Étude des Creatures Magiques », la Divination, Sortilèges, la Métamorphose ou encore le nouveau cours de Culture Partagée. Ainsi, la table semblait être presque renouvelée de physiques typiques de leurs matières, de gens inconnus au regard fixe et perçant, de personnalités que Neville savait sans hésitation proches du Pouvoir.

Le soir, dans son lit à Baldaquin, derrière les rideaux qu’il avait tirés, il n’avait pas hésité à conjurer un écritoire pour débuter une lettre à l’attention de ses amis. Il savait qu’elle serait lue par la Brigade avant envoi, et c’était donc avec profusion de détails et de cynisme qu’il avait narré ce nouveau corps professoral. La Brigade… S’il y avait une différence notable entre Lucius Malefoy et Dumbledore en matière de sécurité, leur approche de la présence de gens armés à Poudlard figurait parmi les plus importantes. Dumbledore avait eu à coeur de faire en sorte que les Aurors soient le plus discrets possible lors de leur troisième année. Les brigadiers, eux, déambulaient dans les couloirs en tenue immaculée, le visage masqué. Des fouilles avaient été opérées à la sortie du train, à la sortie des diligences, à l’entrée de Poudlard… et à l’entrée et sortie de leur salle commune. Neville gageait que celle des Gryffondors n’était pas la seule à être gardée par un « blanc » comme les élèves commençaient déjà à les surnommer.

Aux premiers petits déjeuners, les élèves semblaient perdus, mais au bout d’une semaine de reprise des cours, beaucoup estimaient qu’ils se sentaient en parfaite sécurité et, qu’après tout, les nouveaux enseignements étaient plus qualitatifs que les précédents. On allait jusqu’à raconter que Poudlard semblait retrouver son excellence…

« […] C’est dans cette ambiance que j’évolue et découvre les nouveaux programmes, améliore mes compétences martiales et en apprends davantage sur les us et coutumes Sorcières. Le Quidditch a étonnamment repris, à la demande même du Ministre de la Justice, paraît-il, qui souhaite voir les élèves « retrouver leur rythme et leur santé ». Mais je ne t’apprends rien que tu ne saches déjà, Sirius, j’ai lu par voie de Presse que tu avais toi-même milité pour une réouverture libre des clubs étudiants. Mes félicitations : il y a un groupe qui s’est monté à la mémoire de Harry pour célébrer son combat… Je te mentirai en te disant que Poudlard est restée agréable en l’absence d’amis et compte tenu des circonstances. C’est devenu une forteresse de la jeunesse qui cherche surtout à incuber les personnes les plus aptes à servir la cause nationale. Le cours de Combat se couple d’ailleurs d’entraînements physiques. Cela, l’équipe semble avoir gardé l’idée première de Snape et nous nous retrouvons à plusieurs classes à courir, sauter, se muscler dans le but de savoir défendre notre école. Une arme à double tranchant que je suis surpris de voir affûtée. Le Ministère et la chambre des Lords ne dirigent pas Poudlard de la même manière que sous Fudge, la peur y est bien différente… Que te dire d’autre ? Si ce n’est que je n’ai pas encore retrouvé mes marques et qu’il me faudra sans doute pas mal de temps pour reprendre une activité, si ce n’est normale, conforme à tes attentes. Mais je te tiendrai au courant de mes progrès. D’ici à ce que je reçoive une de tes lettres, je te souhaite, Lord Black, et tout ce qui va avec, de bien te porter et de continuer à éviter les interviews de la Gazette.

Lord Neville Londubat »

Il n’y avait rien à dire de plus, Sirius comprendrait qu’il étudiait encore les possibilités pour joindre Kreattur, et du reste, Neville ne comptait pas s’appesantir sur Malefoy Junior dans ses courriers. Car le blond s’était montré très discret, se comportant comme un homme d’affaires au-dessus des affres de la guerre, et le Gryffondor avait été très surpris de le trouver isolé chez les Serpentards. Mise à l’écart volontaire pour des raisons politiques ou non, il régnait une ambiance très particulière à leur table qui ne pouvait échapper à personne. Combien parmi eux avaient leurs parents dans les rangs toujours plus grossissants de Voldemort ? Combien parmi eux se joignaient déjà à l’ennemi ? Mais contrairement à certains autres de ses camarades comme Seamus ou Dean, Neville ne gardait pas seulement un oeil sur la table des verts et argents. À la vérité, il se méfiait de tout le monde, n’oubliant certainement pas que n’importe qui pouvait succomber à l’idée d’un pouvoir revanchard sur les autres.

Bien entendu, le nom de Pettigrow restait très présent en tête, mais plus récemment, celui d’Abernathy avait été rapporté, et combien d’autres anonymes qu’on retrouvait déclarés morts dans la Presse, suite à des raids entre Mangemorts ? Comment savoir qui était un allié ou un ennemi potentiel ? Comment connaître à l’avance le nom de celles et ceux qui combattraient contre Voldemort et celles et ceux qui laisseraient faire ? La génération de Neville n’avait connu que la paix, apportée par un Harry Potter érigé au rang de légende bien avant sa puberté, et il était encore difficile pour la majorité de ces jeunes gens d’imaginer autre chose qu’une dichotomie romantique : les méchants et les gentils. Les Serpentards et les Gryffondors. Cette méfiance accentuait profondément le sentiment de solitude que ressentait Neville, et pour la énième fois depuis son retour à Poudlard, il en vint à plaindre son ami qui avait dû passer la quasi-totalité de sa scolarité ainsi. Se défier des gens, tenter de déjouer les plans de l’ennemi, découvrir des secrets et survivre. À un choix près, Neville aurait été à la place de l’Elu. Et il ne regrettait absolument pas son propre destin.

***

Les yeux vert émeraude fixaient avec lassitude les alignements de barres d’immeubles tristes et les usines désaffectées. Avec une fascination quasi morbide, Harry les regardait défiler, ponctués de temps à autre par quelques mines aussi grisâtres que leur environnement, croisées au détour des petites gares. Il soupira de mélancolie.

« Tout est si désertique ! Tout ce béton et cette tôle utilisés pour rien, laissés à l’érosion.

—  Vous contemplez le résultat d’une politique Tatchérienne. Il y a 50 ans, Harry, ces villes étaient des fleurons industriels et promettaient aux familles une élévation financière…

—  Tatchérienne…? Je crois que je me souviens de ça, ce n’était pas…

—  Les velléités antilibérales de Jane n’ont aucun intérêt, Harry. Concentrez-vous sur vos exercices. »

Severus avait presque murmuré cela en observant aux alentours. Ils étaient tous les quatre dans un train, en partance pour la campagne profonde, et bien que le wagon où ils se trouvaient n’était rempli que d’eux et d’une jeune fille aux écouteurs vissés sur les oreilles, l’espion continuait de se méfier de leur environnement. Pour plus de sécurité, ils limitaient l’utilisation de leurs prénoms – à commencer par celui de Severus et Luna, beaucoup trop atypiques – ne faisaient plus aucune mention de leurs noms, parlaient en codes du bout des lèvres, et passaient le plus clair du voyage en méditation contemplative. Du moins, Severus aurait préféré, ayant ordonné au jeune homme de se préparer mentalement pour l’épreuve à venir. Il n’était pas question que le Seigneur des Ténèbres apprenne d’une quelconque manière ce qu’ils s’apprêtaient à faire.

« En fait… répondit Harry, ça m’aide à faire le vide de regarder le paysage. Et ça me fait du bien de penser à autre chose.

—  Soit, mais ne vous laissez pas distraire pour autant. Nous ne sommes pas plus en sécurité ici qu’ailleurs.

—  Vous craignez que la dame avec son casque musical ne nous attaque ? demanda Luna en entortillant une de ses mèches roses avec le crayon à papier qu’elle utilisait pour son sudoku.

—  N’importe qui peut le faire, corrigea Snape du bout des lèvres.

—  Calmez-vous, l’apaisa son amie en posant une main sur son bras. À regarder tout le monde de travers et à parler de vigilance, vous attirez plus l’attention sur nous, qu’autre chose. Comportez-vous comme un voyageur lambda, ça ira très bien. Ah, enfin ! »

Le train ralentit son allure et commença à annoncer son arrivée à la petite gare. Jane qui se montrait relativement détendue jeta pourtant un regard en biais à la gamine au casque, vérifiant qu’elle ne comptait pas descendre à la même station. Severus capta ce manège et esquissa un sourire presque tendre. Elle était en train de devenir presque aussi parano que lui. La demoiselle se leva et attrapa son long manteau qui était plié dans les alcôves au-dessus d’eux, et les pressa.

« Bougez-vous, on va se prendre un grain, et on a encore de la route ! »

Leur destination était un mystère, Jane s’était contentée de leur dire d’enfiler les vêtements qu’elle leur avait achetés la veille – des fripes de mauvaise qualité, aux couleurs délavées et passe-partout, bien loin de la garde-robe conçue par Dimitri. Elle les avait réveillés aux aurores, leur avait fait prendre deux métros, puis le train en direction d’on ne sait où, et à présent, elle les poussait pratiquement hors de la machine dans une gare plus désertique encore que celles croisées sur le chemin. Laissés là tous les quatre, sur un minuscule et unique quai qui faisait office de plateforme de débarquement, ils se regardaient les uns et les autres sans trop comprendre, renforçant l’idée de citadins venus à la campagne pour une « cure sans connexion ». Jane remonta le sac magique sur son épaule et tira sur le col de son manteau avec autorité.

« À partir de là, faites comme si vous saviez où nous allions, et surtout : taisez-vous. On va marcher un moment, mais au moins, on ira plus vite qu’en voiture.

—  Comment peut-on aller plus vite à pied, qu’en…

—  Et surtout : taisez-vous ! » Rappela Jane en lançant un sourire goguenard à Severus.

Les deux ados pouffèrent de rire et s’arrêtèrent immédiatement devant le regard noir que leur lança le maître des potions. Jane ne s’intéressa pas le moins du monde à leur échange et ouvrit la marche, les faisant sortir de ce vieux bâtiment des années 30 qui faisait office de gare. On aurait pu s’attendre à une ville, ou tout du moins un village aux alentours pour justifier l’ouverture d’une gare, mais ils ne virent qu’une poignée de constructions en état de délabrement avancé. Une sorte de poste de police local, quelques maisons sans étage, et surtout un bistro au rideau de fer baissé jusqu’à la moitié de l’entrée. L’ambiance était à la crise sociétale et rurale, et Severus comprit très vite pourquoi Jane leur avait fait faire 4 heures de train. Sans un mot, elle les mena en dehors de ce simulacre de civilisation et ils coupèrent à travers champ durant pas moins de 2heures de marche. Arrivés aux abords d’une forêt sauvage et dense, elle leur lança un regard appuyé, et ils comprirent qu’ils étaient bientôt arrivés. Jane les fit traverser encore quelques centaines de mètres à travers d’épaisses fougères humides sous l’ombre d’immenses chênes noueux. Ils finirent par débouler dans une sorte de clairière où un gros monticule de terre moussue s’élevait autour de ce qui semblait être une porte métallique.

« Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?

—  Un vieux repaire utilisé par les catholiques durant les troubles du 16e. Par ici ! »

Elle avança en direction de la porte de métal, et tira vigoureusement sur la poignée qui fit grincer toute la plaque rouillée. Une forte odeur de pisse et de brûlé leur parvint et Harry ouvrit la bouche pour commenter, mais son Maître Occlumens leva la main pour le faire taire. Jane disparut dans l’édifice, non sans leur recommander de faire attention à leur tête. L’entrée donnait sur un long couloir de terre qui s’enfonçait dans le sol, jusqu’à débouler sur une pièce soutenue par de grosses poutres de bois puant le moisi. Les Sorciers s’attendirent à trouver un décor moyenâgeux, mais à la vérité, dans ce qui était autrefois un lieu de planification politique se trouvaient surtout un gros canapé défoncé et tâché, quelques canettes de bière pliées et jetées çà et là, et surtout des seringues et des…

« Vous ne pouviez pas trouver plus dégoûtant comme endroit, Smith ?

—  Isolé ET déserté ? Non. C’est un vieux squat utilisé par…

—  … des paumés et des drogués des alentours, la coupa-t-il.

—  Détrompez-vous, justement. C’est un des nombreux plans utilisés par les gamins bourges du Centre. Enfin, qui était utilisé. Il y a eu une histoire sordide il y a quelques années, et depuis, la zone est retombée dans l’oubli. Je ne pense pas que les locaux osent venir ici, et les amateurs de glauque ne connaissent pas l’emplacement exact de la planque. Les flics voulaient à tout prix éviter que ça devienne un lieu de pèlerinage.

—  Par Merlin, Smith, qu’est-ce qu’il s’est passé ?!

—  Aucune importance, et évitez d’invoquer n’importe quoi ici. On doit être discrets, vous vous souvenez ? Bon, parlons peu, mais parlons bien. Nous allons manger un bout, et puis on s’y met ? Enfin, cette fois-ci, c’est à vous d’imposer le tempo, j’ai fait ma part.

—  Soit. Mangeons, et nous méditerons une nouvelle fois, Harry. Vous êtes certaine que personne ne nous verra ni ne nous entendra ?

—  Personne de mon genre, en tout cas. Si on se fait repérer, c’est qu’un peu de… magie, murmura-t-elle. Aura été détecté. Et là, je ne pourrai rien faire. »

Manger les pauvres sandwichs qu’ils avaient faits à la hâte ne pris guère de temps, et rapidement, Harry et Severus se retrouvèrent assis à même le sol, yeux fermés pour tenter de vider leur esprit. Ils n’avaient pas reparlé de ce qu’il s’était passé au Square Grimmaurd, quand Harry avait perdu le sien, et que celui de Voldemort semblait avoir pris le pas. Les visions que le garçon voyait de plus en plus souvent l’inquiétaient au plus haut point et ce qu’ils s’apprêtaient à faire également. Allait-il ressentir quelque chose ? Il ne l’avait dit à personne, mais trouver le diadème avait été simple, car il l’entendait vibrer. Le sentirait-il être détruit ? Ses pensées se tournèrent vers le journal de Jedusor et le face à face qu’il avait eu avec ce qu’il savait être une âme désormais. Est-ce que le morceau contenu dans la coiffe allait se manifester ?

« Harry, votre respiration s’est accélérée, à quoi pouvez-vous bien songer ?!

—  Pardon, Pro-Monsieur, je me posais des questions à propos de…

—  C’est bien ça votre problème, vous vous posez toujours des questions au mauvais moment. Vous DEVEZ vider votre esprit avant qu’on ne tente de détruire le diadème, vous pourriez être vulnérable à ce moment, ou…

—  JUSTEMENT ! Vous aviez promis que nous reparlerions de ce qu’il s’est passé à la maison.

—  Ce n’est vraiment pas le meilleur moment.

—  Au contraire ! contra Harry en ouvrant les yeux pour les fixer sur son aîné. Au contraire, ce qu’il s’est passé était très grave, je crois que je l’ai senti d’une manière ou d’une autre durant l’attaque du Terrier. Il FAUT qu’on règle ça ! »

Snape se pinça les lèvres et croisa un instant le regard de Jane qui ne comprit pourtant pas son malaise. Luna pencha la tête sur le côté et soupira :

« Il n’abandonnera pas, vous le savez.

—  Je sais, et…

—  Eh oui, cette conversation vous terrifie, le coupa-t-elle. Mais pas autant que les réponses qu’elle apporte pourraient le terrifier, lui. »

Il fronça les sourcils en tentant de déterminer si la jeune fille avait compris bien plus qu’elle ne le laissait entendre. Hors de question de révéler à Harry qu’il était…

« Je ne suis terrifié par rien ni personne ! tonna-t-il pour reprendre contenance. Bien, parlons-en. Qu’est-ce que vous voulez me dire à ce propos ? »

Soudain, il sembla que Potter redevint l’enfant coincé dans sa salle de potions, impressionné par le flot de questions vicelardes qu’il lui imposait, blessé par les commentaires méprisants qu’il avait glissés. Severus comprit immédiatement que le garçon hésitait à parler à coeur ouvert, et qu’il avait de plus en plus conscience que quelque chose n’allait pas avec lui. C’est du moins, ce que Severus voyait venir, à force de le fréquenter et de le connaître. Il ne fut donc pas surpris quand Harry répondit, après s’être raclé la gorge :

« Quelque chose ne tourne pas rond avec moi. »

Snape se retint de répliquer avec malice, l’heure n’était pas à la plaisanterie, et Potter avait besoin d’une conversation d’adultes, pas de charades entre deux bonbons au citron.

« Qu’entendez-vous par là ?

—  Ma connexion… J’ai compris que nous en partagions une avec Lui. Admettons que Dum-le Directeur ait eu raison et que cela soit dû au sortilège de mort, etc. Admettons donc que nous partagions un lien en raison de la prophétie. La prophétie parle bien d’un pouvoir ignoré par Lui…

—  Où voulez-vous en venir, Harry ?

—  Jane, laissez-le terminer.

—  Eh bien… Est-ce que ce pouvoir ne serait pas d’avoir une… une affinité avec ses morceaux ? D’être, en quelque sorte, connecté à Lui tout entier ? À son âme, précisément ?

—  Qu’entendez-vous par là ? répéta Snape en s’interdisant de respirer.

—  Je ne sais pas… C’est bizarre. Le journal, par exemple, quelle chance j’avais de tomber dessus ? Quand Ginny l’a jeté dans les toilettes en deuxième année, quelle chance j’avais d’être celui qui le trouverait ? N’importe qui aurait pu le ramasser, non ?

—  Tu n’es pas n’importe qui. » Glissa Luna d’une voix grave.

Snape la maudit intérieurement, lui ordonnant mentalement de se taire, de ne rien précipiter. Il se rendit compte qu’il ne voulait pas que Harry comprenne. Qu’il ne voulait pas que le fils de Lily apprenne sa destinée. Il se traita de lâche et de sentimental, préférant agiter la main pour intimer Harry à poursuivre, même si ça le déchirait.

« Et Nagini… Quand il y a eu l’attaque au Ministère, j’ai rêvé que j’étais le serpent. Et on sait aujourd’hui ce que c’est.

—  Sans doute parce que lui-même avait pris possession de sa créature, non ? proposa Jane en demandant confirmation à Snape du regard.

—  Peut-être… ou bien il ne contrôle pas son familier, peut-être voyais-je au travers de l’âme. Et quand bien même, il y a eu le diadème.

—  Quoi, le diadème ? Vous l’avez trouvé avec le Directeur et Luna, il me semble, non ?

—  C’est moi qui l’ai trouvé. Dans la Salle sur Demande, au milieu d’un fatras phénoménal ! Ce n’était pas un hasard ou un coup de chance ! Je l’ai senti. »

Snape frissonna légèrement et remua sur son séant, mal à l’aise.

« Je veux dire que j’ai été attiré par lui. Quelque chose cloche chez moi, je suis très sensible à son âme, peut-être trop. J’ai l’impression qu’il… Enfin qu’il m’a souillé, vous comprenez ?

—  Pourtant vous n’avez pas senti que le médaillon était un faux, répliqua Jane en réfléchissant intensément.

—  L’attaque de l’école a détourné son attention, expliqua Luna qui regardait alternativement Harry et Severus.

—  Admettons que vous soyez un détecteur, si c’est ce que vous voulez dire. Quel rapport avec ce qu’il s’est passé chez vous, au juste ? »

La question était risquée, mais Severus tenait toujours ses promesses. Si seulement Lovegood pouvait cesser de les fixer comme ça, à croire que cette tête à coiffer avait tout compris. À la réflexion, Snape se demanda une énième fois si l’instinct anormalement prédictif de Luna n’était pas en cause.

« Je ne sais pas. »

Harry avait murmuré ça en baissant les yeux, et Snape sut immédiatement que le jeune homme était sur le point de comprendre et s’empêchait d’aller trop loin dans la réflexion.

« Harry, ce qu’il s’est passé là-bas était à cause des émotions qu’Il avait, très sans doute en apprenant la nouvelle, et de celles que vous transportiez après avoir tué.

—  … J’ai l’impression d’avoir invité les ténèbres.

—  C’est le cas. Tuer déchire l’âme, même si la vôtre n’est pas divisée en plusieurs morceaux comme la sienne, elle n’est plus intacte. C’est sans doute cela qui a facilité…

—  Ce n’était pas une possession, Monsieur. Je ne pense pas qu’Il savait, sinon, Il vous aurait parlé.

—  Il m’a parlé dans votre esprit, mais vous semblez ne pas vous en souvenir.

—  Je ne sais pas, répéta Harry peu convaincu. »

Severus en était certain, le gosse pressentait la réalité et retardait ses conclusions dans la mesure de son possible. Il inspira profondément, prêt à avoir cette conversation avec lui, quand Jane lui offrit le répit parfait.

« Je ne partage peut-être pas ma vie avec des visions volontairement envoyées par un psychopathe, mais mes nuits et certains moments de la journée sont loin d’être apaisées, Harry. Je pense que Severus a raison : on accueille une part de ténèbres, ou bien on accepte celle qui vivait en nous, je ne sais pas.

—  Mais j’ai dit et fait des choses… J’ai déjà pensé des choses… Je veux dire, est-ce qu’il serait possible qu’Il en soit une cause plus intime ?

—  Je vous le redis, je n’ai aucune prophétie aux fesses, et il ya moins de deux ans, je ne me serais jamais imaginée capable de commettre un meurtre. Et je l’ai fait sans la moindre hésitation.

—  De tuer. Vous avez tué pour défendre quelqu’un, c’est très différent d’un meurtre, Jane, tempéra Severus. Oui, Harry, il est possible que ça vous ait rendu plus sensible. Vous pensez peut-être que ça vous fait un point commun de plus avec lui, et que ça vous rapproche ? »

Le gamin fit une moue qu’il avait l’habitude de voir lors de leurs séances. C’était donc ça qui revenait.

« Je vois, poursuivit Severus. Ça n’était pas un secret pour vous ou moi que c’était votre plus grande peur. L’épreuve du labyrinthe l’avait expressément montrée. Mais ne perdez pas de vue qu’avoir tué vous donne un point commun avec deux autres personnes de cette pièce, ainsi qu’avec la plupart des membres de l’Ordre.

—  Je n’ai jamais eu l’impression que les membres de l’Ordre étaient…

—  Beaucoup étaient des Aurors, Potter, coupa Severus avec agacement, en oubliant de censurer les mots étranges. Et durant la guerre, les Aurors avaient le permis de tuer, comme ils l’ont à nouveau ici avec la Brigade. Dumbledore lui-même a déjà tué.

—  Mais pas Grindelwald ! s’emporta le jeune homme. Il l’a épargné ! C’est bien que c’est…

—  On peut tuer sans le faire de ses propres mains, intervint Jane. Et de ce point de vue-là, Dumbledore a énormément de sang sur les mains.

—  À commencer par celui de votre famille… Vous avez oublié Halloween ? Tuer, laisser tuer ou conduire à la mort fait partie de la guerre et de votre job, Harry.

—  Tous les combattants ne sont pas réduits à ça, Sirius ou mon père…

—  Black a passé sa vie en prison et n’a jamais pu venger la mort de son meilleur ami, quant à votre père, navré de briser l’image de héros que vous vous en êtes fait, mais il est mort, et sa femme avec. »

La déclaration était aussi froide que leur cachette. Harry serra son gros manteau gris contre lui et répliqua durement :

« Je sais. Je sais pertinemment tout ça.

—  Alors pourquoi avons-nous cette conversation au lieu d’avancer dans notre mission ?!

—  Parce que j’ai peur ! J’ai peur de changer, de ne plus être moi. De devenir comme… comme Lui.

—  Vous allez changer, Harry, répondit froidement Jane. Mais vous n’êtes pas obligé de Lui ressembler. Des meurtriers, vous en connaissez plein. »

Harry jeta un regard entendu à Snape qui renifla.

« Tonks, Maugrey, n’importe qui aurait fait l’affaire, répondit-il. Mais si vous tenez tant que ça à me prendre en exemple, commencez par vider votre esprit !

—  Est-ce que c’est parce que je suis l’Élu ? demanda à nouveau Harry, après un instant de réflexion. Est-ce que je dois tuer parce que je suis l’Élu ?

—  Vous ne seriez pas le sauveur du monde, vous auriez laissé cette folle terminer son incantation ?

—  Non.

—  Vous avez votre réponse, Potter. Vous tuez, pour protéger et survivre, ça n’a rien à voir avec le Destin, c’est une affaire de bon sens. »

Harry fronça les sourcils, qualifier la mort de solution de bon sens était loin de lui plaire. Il échangea un regard croisé avec Jane et Luna, avant de fermer les yeux et de chercher à nouveau à vider son esprit. À quel moment l’aventure d’Harry Potter au pays des Sorciers avait-elle dérapé ?

***

Neville se baissa rapidement et lança le bras pour répondre au sortilège de découpe qu’il venait d’éviter. Son entraînement via l’Armée d’Ombrage, ainsi que les derniers jours passés à Square Grimmaurd lui donnaient un net avantage sur ses camarades. Si tant est qu’on pût encore les nommer ainsi. Le cours de Défense Contre les Forces Ennemies était bien plus brutal que celui de Snape, et si Neville n’était guère surpris vu l’orientation donnée par le Ministère, les autres élèves vivaient douloureusement ces nouveaux cours qui mêlaient violence physique et psychologique. Dans la continuité de Snape, la nouvelle enseignante leur apprenait des sorts très dangereux, à ceci près qu’elle avait désormais l’autorisation pour leur faire étudier la magie noire. Veronika Miskova était un mètre quatre-vingts de beauté glaciale, une voix tranchante et un vrai regard de méchante. Les élèves racontaient partout qu’elle avait été renvoyée de Dumstrang, parce que ses cours étaient trop extrêmes. En réalité, elle était simplement une ancienne élève de cette école à la réputation noire, et s’était spécialisée avec le temps dans les combats. Draco seul le savait, mais elle était également une très bonne relation de son père, et faisait office de correspondante sur cette partie du globe. Meurtrière en puissance ou avérée, elle mettait ses élèves au supplice. Les énormes classes révélaient alors les bonnes baguettes, les sorciers les plus entraînés, et celles et ceux qui auraient de grandes difficultés à survivre. Autant dire que les Serpentards regardaient avec un oeil très attentif les élèves les plus doués pour déterminer qui prenait la menace au sérieux et qui en avait les moyens.

« On est bien loin du joufflu qui tombait de son balai en cours de vol ! »

Neville fit l’erreur de tourner la tête dans la direction de la voix goguenarde, et remercia mentalement ses nouveaux réflexes qui lui évitèrent une brûlure sans doute terrible. La chaleur du sort lui souffla les tempes quand il esquiva, et la voix ricana.

« On en est effectivement bien loin ! Tant mieux, car tu n’as plus Harry Potter pour venir à ton secours. »

Le brun tira dans la direction de la voix un sortilège de pustules que Draco esquiva à son tour. Autour de lui, d’autres voix ricanaient. C’étaient celles de Parkinson et de Nott qui semblaient ravis d’observer le spectacle.

« Ça n’est pas comme si j’étais en danger. »

La réplique fit mouche, car Draco renifla d’agacement et que ses deux comparses sifflèrent.

« Tu vas le laisser te parler comme ça, Malefoy ? pépia Parkinson. Apprends-lui le respect qu’il te doit !

—  Ah ! Ton roquet habituel jappe comme le font tous les chiots dans les pattes de leur maître, se moqua à nouveau Neville en projetant une autre gerbe d’étincelles menaçantes. Ça doit être usant de promener Mademoiselle partout.

—  Fais-le taire !

—  Tu fanfaronnes beaucoup Londubat, c’est le fait de ne plus être dans l’ombre de Potter qui te donne du courage ?

—  Tu perds ton temps en insultes de petit garçon, Malefoy. J’espère que sur-le-champ de bataille tu seras moins bavard.

—  Il t’écraserait comme l’insecte que tu es ! cracha Nott en balançant à son tour un sortilège que Neville esquiva en se baissant derrière un bloc de pierre.

—  AH ! Il fuit ! Le petit lion est bien lâche ! » Se moqua Parkinson.

Neville plongea son regard dans celui du blond et esquiva un sourire avant de répliquer.

« Ce sont les mots d’une fillette qui n’a jamais sorti sa baguette au combat, ça. J’espère pour toi qu’elle apprendra, Malefoy…

—  Tu ne devrais pas souhaiter de telles choses, menaça Nott en tentant une autre attaque.

—  Je te souhaite d’avoir des alliés sur qui tu peux compter. » Répondit Neville en s’adressant toujours uniquement à Draco.

Ce dernier cligna un instant des yeux et lança une nouvelle offensive que le Gryffondor para d’un geste sec de baguette. Ils croisèrent brièvement le regard, et l’un comme l’autre hésitèrent une fraction de seconde avant de se lancer furieusement un sort chacun. Les deux traits fusèrent et se percutèrent dans une explosion multicolore. Avant même de réarmer le bras, la voix glaciale de leur enseignante les stoppa :

« C’est terminé ! Amenez les blessés à l’infirmerie. Londubat, Malefoy et Mc Laughlin, veuillez préparer le sortilège de Praecidisti pour en faire une démonstration la prochaine fois. Et réfléchissez à vos cibles. Allez ! »

Ils rangèrent leur baguette de concert et tournèrent les talons, quand Nott se fendit une nouvelle fois d’une pique acerbe :

« Quel dommage que tu sois dans les démontrant, le joufflu, j’aurais adoré voir Malefoy te liquéfier les entrailles.

—  Ca suffit, Nott ! coupa le blond sèchement. Tu n’as qu’à t’entraîner au lieu d’attendre que d’autres réalisent tes fantasmes. »

Le camouflet fit son effet, le Serpentard serra les dents en grognant et s’éloigna non sans jeter un mauvais regard à son comparse. Neville affecta de ne rien avoir remarqué et attrapa sa cape pour la jeter sur ses épaules. Il tourna ostensiblement le dos aux Serpentards, sous le regard de plus en plus admiratif d’une poignée d’élèves. Il leur semblait soudain que dans l’ombre d’Harry Potter s’était dressé un autre héros.

***

Au signal de son compagnon, Jane déposa le diadème au centre de la pièce et le libéra du tissu dans lequel les gobelins l’avaient enveloppé. Luna inspira profondément en caressant pensivement son collier de scoubidous, Severus reporta son attention sur Harry, Harry plissa des yeux en observant l’objet. Il s’écoula comme ça quelques secondes, jusqu’à ce que Luna évoque à voix haute la question qui les taraudait tous :

« Ça te fait quelque chose, Harry ? »

Le garçon se pourlécha la lèvre inférieure et jeta une œillade entendue à son Maître Occlumens. Il hésita, puis soupira :

« Il pulse. Comme un coeur, je le sens battre. » Expliqua-t-il en cherchant pour la première fois à mettre des mots sur ce genre d’expérience. « On dirait qu’il est vivant et je le sens dans l’air, au bout de mes doigts. Dans mes tempes, même. Ou là, oui, un peu là. »

Il posa sa main sur son torse en fronçant les sourcils, inquiet, puis soupira de soulagement.

« Ce n’est pas le même rythme. » Déclara-t-il davantage pour lui-même que pour l’assemblée.

« Vous vous sentez prêt ?

—  Est-ce qu’il va se défendre ?

—  C’est un diadème, Harry, se moqua Jane en arquant un sourcil.

—  Et alors ? C’était bien “un journal”, et pourtant ça a manqué de tuer beaucoup de gens.

—  Je pense que ça sera différent, il y a peu de chance qu’il prenne possession de qui que ce soit ou qu’un écho apparaisse. »

Snape semblait assez peu certain de ce qu’il avançait, mais ça ne l’empêcha pas de tirer du sac sans fond la grande épée de Godric Gryffondor et de la tendre à Harry. Ce dernier l’empoigna avec une certaine nostalgie. La dernière fois qu’il avait manié l’arme, il avait, chevillé au corps, l’absolue nécessité de sauver Ginny. Il n’avait aucune idée de ce qu’il affrontait et ce gros serpent, ce grand phénix coloré et ce méchant charismatiques avaient tous les accents d’une fantastique histoire pour enfants. Il se sentait le héros et avait pratiquement l’impression d’être de fait invincible. Quatre ans plus tard, il n’était plus aussi certain de ses gestes, l’épée lui semblait beaucoup plus lourde que dans son souvenir, son tranchant beaucoup plus acéré et menaçant. Et surtout : les pierres qui l’ornaient luisaient d’un écarlate autrement plus réaliste, comme si frapper de cette arme serait son premier acte concret. Harry écarquilla légèrement les yeux, sentant son pouls s’accélérer soudain et le souffle lui manquer quelque peu.

« Qu’y a-t-il ?

—  C’est… C’est étrange. J’ai l’impression qu’il sait.

—  Qui ?! s’inquiéta Jane. LUI ?!

—  Non, il parle du morceau dans le diadème, comprit Severus en faisant involontairement un pas en avant.

—  C’est stupide, n’est-ce pas ?

—  Au contraire, Harry. Ignorez-le, préparez-vous seulement. »

Harry plaça ses deux mains sur le manche et leva lentement l’épée au-dessus de sa tête, en fixant le diadème avec défiance. Il l’abaissa soudain et demanda encore une fois :

« Vous croyez que c’est vrai la légende ?

—  Elles le sont généralement, Harry, répliqua Luna. Pourquoi, tu veux soudain devenir intelligent ? Tu n’en as pas besoin, et je t’aime comme tu es.

—  Peut-être… répondit doucement le garçon. Mais ça serait peut-être utile pour la chasse aux…

—  Chut ! coupa Snape en jetant des regards aux alentours. Contentez-vous de le détruire.

—  Mais et si…

—  Et si ça pouvait sauver le Gondor et tout le reste ? comprit Jane un peu alarmée. Reprenez-vous, Harry, je crois que le truc est en train de vous tenter. Détruisez-le.

—  On n’a aucune idée d’où peut être la coupe !

—  On trouvera, Potter. Détruisez donc cette horreur !

—  Sur quelqu’un comme vous, Professeur, ça ferait des miracles !

—  Tu te laisses embobiner, Harry, reprends-toi ! »

Ils étaient bêtes, ou quoi ?! Pourquoi prendre le risque de perdre un tel artéfact ? Il devait bien y avoir un moyen de faire autrement…

« Potter, relevez donc ce manche, qu’on en finisse.

—  On ne pourrait tout simplement pas séparer l’objet de l’âme ? demanda encore une fois Harry avec une voix rêveuse.

—  Non. Maintenant, faites ce pour quoi nous sommes venus.

—  Qu’est-ce que vous en savez, Jane ? Vous n’avez ni pouvoirs magiques ni connaissance de quoi que ce soit. » Persifla Harry méchamment.

Jane accusa le coup en grimaçant, avant de faire la moue et de répliquer :

« Il va se calmer le Gollum, ou je lui en colle une pour qu’il retrouve ses esprits ?! Severus, il nous échappe.

—  Je le constate. Potter, recentrez-vous, cette mocheté n’ira sur aucune de nos têtes, merci de retrouver la vôtre. »

Harry se mordit la joue, incapable de trancher ni moralement ni physiquement ce dilemme. Il lui semblait confusément que de frapper le diadème de la lame serait comme se blesser lui-même. Au milieu de cette peur viscérale flottait une désagréable sensation de défiance à l’égard de son entourage. Pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi voulaient-ils tant que le diadème disparaisse ? Était-ce pour qu’il ne l’obtienne pas, lui ? Harry leva un regard mauvais en direction des deux adultes.

« Tu t’écartes de ton rôle, Harry Potter, rappela Luna d’une voix étrangement calme.

—  Non, c’est à moi de le faire, à personne d’autre ! piailla presque le jeune homme.

—  Okay, il débloque. Severus, vos méditations zen n’étaient pas censées éviter ça ?

—  Fermez-la, ce n’est pas le moment. Potter, concentrez-vous sur ma voix et levez cette fichue épée.

—  Non. C’est moi qui ai été choisi, je n’ai d’ordres à recevoir de personne. »

Harry ne cessait de fixer le diadème avec inquiétude, l’entendant pratiquement ronronner dans sa tête. Est-ce qu’il aurait l’air aussi stupide que voulait bien le dire Snape s’il le mettait ? Quelque chose n’allait pas. Une part de lui s’ébroua en lui criant de frapper l’objet, quand une autre le mit en garde : Voldemort saurait ce qu’ils étaient en train de faire…

« Par Morgane, Potter, c’est mon dernier avertissement !

—  Mais ça nous dévoilera ! Nous ne pouvons prendre ce risque ! »

Harry avait à présent les yeux écarquillés de terreur et les fixait comme s’ils étaient des ennemis de leur plan initial. Jane jura et fit un pas en avant, déclenchant une réaction hostile de la part du garçon qui leva l’épée dans sa direction.

« Vous plaisantez ?! s’écria-t-elle.

—  Au contraire ! Je ne laisserai personne saboter le plan de Dumbledore, nous devons être prudents !

—  Tu as encore perdu la tête, énonça Luna avec tristesse.

—  Une folle qui juge un fou, voilà qui est loufoque… loufocAAAAAH »

Harry gémit quand il se prit le poing de Severus dans la mâchoire, sa tête tourna de trois quarts et l’espion lui tordit le poignet. D’un autre coup dans les côtes, il fit plier Harry en deux et lui arracha l’épée des mains. Sans même lui laisser le temps de répliquer, Severus tournoya sur lui-même et abaissa la lame sur le diadème sans une seule hésitation. À l’instant où le métal fracassait la grosse gemme, l’air se figea comme une mélasse épaisse, et il leur sembla entendre un cri de rage se répercuter dans la grotte. Une grosse lumière noire explosa et un souffle les projeta en arrière. Harry hurla de douleur et de frustration, s’écrasant contre le vieux canapé défoncé. Luna et Jane roulèrent en direction d’un frigo débranché et Severus fut projeté contre une des parois. Un peu hagards, ils levèrent les yeux en direction du centre de la pièce d’où tournoyait une formidable énergie visqueuse et vaporeuse qui se distordait dans tous les sens, comme cherchant à s’accrocher à la réalité. Et soudain, les hurlements cessèrent, il ne resta plus qu’un diadème gris terne éclaté en deux. Luna fut la première à retrouver ses esprits et elle sauta presque sur ses pieds pour s’élancer en direction de son ami.

Allongé sur le dos, les bras en croix, Harry Potter avait l’air tout aussi vide d’âme que l’objet maudit.